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Le livre des commencementsC'est ici que nous vivionsInformation sur l'imageL'accident L'accident (soleil couchant) (détail) L'accident (soleil couchant) (détail) L'accident (soleil couchant) (détail)

L'accident (soleil couchant)
L'accident (soleil couchant)


Il était adossé aux étoiles, tel un colosse obscur, une puissance ligneuse, magnifique et jovienne, dont les branches noueuses de muscle végétal étaient prêtes à cogner, encore et encore, sur les restes de la maison. C'était un arbre ancien - nous lui donnions un siècle - et il avait poussé en deux heures environ, d'abord une plantule, sauvageonne farouche qui avait transpercé le béton de la cave, puis un jeune arbrisseau dont la sève bouillante avait brûlé les planches de la salle à manger, enfin un frêne adulte, à la majesté brutale, qui avait fait voler la toiture en éclat, dans un feu d'artifice de tuiles, de clous rouillés, et de poutres brisées. La maison empalée s'était effondrée, saluée comme il faut par les arcs gracieux des jets d'eau jaillissant des tuyaux arrachés. Les habitants des lieux, amochés et hagards, étaient assis par terre, les yeux baissés, osant à peine contempler le sol. Ils nous accueillirent avec les grognements de ceux qui viennent juste de perdre une guerre.

Nous étions à pied d'??uvre, dans notre camion rouge, la sirène à pleins tubes pour que Mère Nature nous entende et prenne peur. Nos uniformes étaient, du haut jusques en bas, couverts d'instruments d'apparence barbare, mais bien peu efficaces, et nos seules amies, nos seules alliées, dans cette guerre impie, était bien sûr les tronçonneuses. Comme nous les aimions, celles-là, nous leur donnions des noms de filles. Et nous leur offrions, hebdomadairement, de quoi se faire belles.

Les élagueurs de la région ont tous perdu des hommes par la faute d'une racine ou d'une souche oubliée. Vous attaquez une branche, vaincue, déjà morte, et derrière vous rampe une racine. Elle se dresse et attaque, vise votre dos, votre cou, votre tête, et vous frappe. Les arbres avaient beaucoup appris dans l'art de nous tuer. Ils nous en veulent, disait l'opinion. En avaient-ils assez d'être transformés en matériau de construction, en bois de chauffage ou en papier toilette ? Il nous aurait fallu réfléchir à long terme, pour espérer trouver une réponse adéquate. Mais toutes les hypothèses s'étaient révélées fausses. En conséquence, nous nous battions, pièce à pièce, à coups de tronçonneuse. Toutes les nuits, les campagnes flambaient d'immenses bûchers célébrant nos victoires temporaires, et toutes les nuits, des